Gladiateur 1 : Le combat pour la liberté
Simon
Scarrow
Editions Gallimard Jeunesse
364 pages
Quatrième de couverture
Empire romain, 61 av. J.-C.
Le père de Marcus est un ancien centurion qui a connu son
heure de gloire en sauvant la vie du général Pompée, lors de la révolte des
esclaves. Le temps a passé et, désormais, la famille mène une vie paisible dans
la ferme d'une petite île grecque.
Soudain, tout s'effondre : un créancier fait assassiner son
père et réduit en esclavage Marcus et sa mère. Vendu à une école de
gladiateurs, le garçon affronte la brutalité de l'entraînement et des
instructeurs. Mais Marcus est bien déterminé à survivre pour retrouver Pompée
et obtenir justice !
Ma rencontre avec le livre
Vous l’avez compris depuis un moment, je suis plutôt
intéressé (doux euphémisme) par l’Antiquité et en particulier par les Romains.
En fouinant dans les prochaines sorties chez Gallimard jeunesse, j’ai donc tout
de suite repéré cette série historique jeunesse parue fin février dernier. Les
éditions Gallimard ont alors accepté de soumettre cette nouvelle parution à un
romaniste pur sucre et je les en remercie. Verdict ?
Ma lecture du livre
Disons d’emblée ce qui fâche et faisons-le clairement (tant
pis si je passe pour un romaniste tatillon et critique, après tout, c’est pour
ça que je suis là) : nous tenons là un roman d’aventure honnête mais un
mauvais roman historique. Explications.
Sous ces airs de roman jeunesse invitant à découvrir « l’empire
romain comme vous ne l’avez jamais vu », Gladiateur : Le
combat pour la liberté tente de se faire passer pour un roman historique,
ce qu’il n’est en aucun cas. En effet, si on excepte quelques utilisations de
termes latins dans le texte pour faire bonne figure, les gladiateurs ou le
personnage de Pompée et de Spartacus, j’ai eu beaucoup de peine à voir les
Romains dans ce livre. L’ « atmosphère romaine » que j’ai pu
ressentir dans d’autres romans historiques est quasiment absente ici. L’auteur
échoue à nous transporter à Rome (et pour cause, puisqu’on y met pas une seule
fois les pieds pendant tout le roman).
Mais, plus grave que cette atmosphère peu présente, l’auteur
se rend coupable de méconnaissances et d’erreurs grossières en voulant jouer avec
une civilisation qu’il ne semble pas connaître si bien que ça. Cela transparaît
dans les termes et le vocabulaire utilisé. Il emploie ainsi plusieurs fois le
terme de prétorien de façon abusive et semble le confondre avec patricien (qui
est lui aussi utilisé assez approximativement). Autre erreur grossière (mais
ici, c’est peut-être le traducteur qui est à mettre en cause) : un
personnage est originaire de Sparte et est appelé « le Sparte ». Ca
ne vous choque peut-être pas mais en réalité, on dit « un Spartiate »
(le nom Sparte pour désigner un individu existe mais renvoie à des personnages
mythiques liés à la ville de Thèbes). Pour vous donner une idée de comment
l’erreur sonne à mon oreille, c’est comme si on disait que les habitants de
Rome s’appellent les Romes, ou ceux de Paris les Paris… Dernier exemple de
terme utilisé de façon étrange (je me permets de le rajouter car il aura au
moins eu le mérite de m’apprendre un nouveau mot) : l’utilisation du nom
« cacique » (à nouveau, c’est peut-être lié à la traduction). Jamais
entendu ce terme avant (je ne prétends pas connaître tous les mots de la langue
française mais, quand même, dans un roman jeunesse, ça fait bizarre) et pour
cause puisque, après recherches, j’ai découvert qu’il s’agit d’un terme au sens
très précis et renvoyant à un modèle d’organisation politique de certaines
tribus amérindiennes. Le terme est même tiré d’une langue amérindienne. Bref,
rien à voir avec Rome, anachronique de le mettre dans la bouche d’un Romain
(ok, si on devait écrire en respectant totalement la cohérence historique, on
écrirait aucun roman historique) mais surtout, franchement, je ne vois pas
l’intérêt d’utiliser un terme si compliqué et spécifique pour désigner ce qui
finalement est un aristocrate ou un noble (on est d’accord, ces deux termes
sont eux aussi connotés historiquement mais au moins ils ont le mérite d’être
plus clairs). Bref, je me suis laissé emporté et l’historien a pris le pas sur
le lecteur. Tout cela pour dire : si vous cherchez un bon roman historique,
préférez plutôt la série Titus Flaminius de Jean-François Nahmias.
Faisons un peu taire l’historien et laissons la parole au
lecteur standard qui n’ira pas chercher la petite bête et n’est pas forcément à
la recherche d’un roman historique rigoureusement documenté. Pour un tel
lecteur, Gladiateur : Le combat pour la liberté n’est pas un mauvais
roman. Le livre se lit sans peine. Mis à part certains choix de vocabulaire
(comme le cacique), le style est simple mais agréable et le suspens relativement
bien tenu. Les retournements de situation sont plus ou moins bien amenés :
certains sont des surprises agréables tandis que d’autres sont prévisibles trop
longtemps à l’avance (comme la « révélation » finale).
Marcus, le personnage principal, s’avère assez attachant.
Mais, j’ai eu léger problème quant à son âge. Dix ans me paraît bien trop jeune
pour l’aventure et les actes qu’on lui prête. Je n’arrivais souvent pas à y
croire et instinctivement pendant ma lecture j’avais plutôt tendance à
visualiser un adolescent de minimum 13-14 ans.
Cette question de l’âge du héros m’amène à parler de l’âge
du public visé. En effet, c’est assez surprenant que le roman est donné « à partir de 10 ans »
devant une violence assez explicite qui y est omniprésente. On est très loin de ce
que propose le premier Harry Potter de ce côté là pourtant lui aussi
destiné à un public à partir de 10 ans (je fais cette comparaison car le
journal Telegraph affirme au sujet de Gladiateur :
« Quand Poudlard rencontre Rome » ; j’avoue que je cherche
encore le pourquoi du comment de la comparaison). Si ce n’est pas déplaisant
pour moi d’avoir une vision qui ne soit pas trop édulcorée du monde des
gladiateurs, ce point mérite d’être souligné pour mettre en garde les jeunes
lecteurs qui pourraient être sensibles. De plus, à nouveau, cela renforce
l’impression que le héros est trop jeune.
Finalement, le fait que les perspectives ouvertes pour le
tome 2 (à paraître en 2014) me donnent envie de lire la suite me font dire que
le livre n’est pas si mauvais que ça. Je l’ai lu relativement facilement et
rapidement sans me forcer. La lecture est agréable mais j’ai connu mieux d’un
point de vue reconstitution et éléments historiques. On sent que l’auteur n’est
pas spécialiste de la période à laquelle il s’attaque et ça ne pardonne pas
(pour moi qui suit spécialiste de cette période). Le côté roman d’aventure est
néanmoins, lui, assez efficace même si on est parfois gêné par le ciblage assez
approximatif du public (décalage entre un héros très jeune et une violence
omniprésente).
6/10
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